Il est minuit et demi lorsque Jean-Paul et moi passons sous l’arche d’arrivée de la GTJ 200 sous les chaleureux applaudissements d’une poignée de spectateurs qui ont attendu l’arrivée de la dernière équipe. Cela faisait quelques kilomètres que nous avions aux fesses la moto-neige qui ferme la course.

JP et moi au départ

 

Vingt et une heures plus tôt, nous partons de Giron sous une pluie fine. Nous prenons un bon départ. La piste est impeccablement damée. Dans une descente, alors que je bois un coup, j’échappe mon bidon. Je stoppe net pour le récupérer, mais en pleine nuit, impossible de le retrouver. Sur ce coup-là, quelques places de perdues. Les trois premiers contrôles sont en plein air, nous ne nous éternisons pas, Jean-Paul a froid à cause de la pluie. Pour moi tout va bien. Je m’éclate avec cette super glisse. A la Darbella (km 46), ravitaillement au chaud, mon garmin m’annonce 14,5 km/h de moyenne, c’est super ! Agnès et Denis, nos assistants, font le maximum pour nous, comme d’ailleurs tout au long de la course. Jean-Paul ainsi que de nombreux concurrents met des vêtements secs.

Nous repartons pour seulement 3 km de ski. Nous chaussons ensuite nos baskets et nous voilà à courir dans des champs détrempés et boueux. Un vrai plaisir ! … Des équipes nous doublent. Sur mon Garmin, je vois que notre vitesse oscille entre 6 et 8 km/h. Une équipe de deux Italiens nous rattrape. Ils n’ont pas l’air très pressés aussi j’engage la conversation. Ils viennent du Val d’Aoste et parlent très bien le français car notre langue est la langue officielle au même titre que l’italien dans cette région. Nous papotons jusqu’aux Rousses (km 61) où nous retrouvons nos assistances respectives, l’une à côté de l’autre. Ravitaillement, reprise des chaussures de ski détrempées et nous voilà repartis dans un chemin creux bien pentu pour retrouver la piste de skating. J’attaque bille en tête, nous rattrapons les Italiens à l’endroit où nous atteignons la neige. De temps en temps, il y a les fameux petits fanions sensés baliser la piste et il y a des traces de pas. Mais surprise, plus de fanion, plus de trace et un arbre en travers. Il faut se rendre à l’évidence, nous ne sommes plus sur l’itinéraire. Quelques instants plus tôt, nous avions été rejoints par une troisième équipe dont l’un des membres est furieux : en quatre participations, il s’est perdu à chaque fois. Coup de fil à l’organisateur qui nous dit de redescendre pratiquement jusqu’au contrôle ! Effectivement en bas de la descente nous retrouvons la piste sur notre droite. Jean-Paul a un coup de moins bien et ne peut me suivre, je ralentis. La pluie tombe toujours. Contrairement à JP, je suis euphorique et pense que cette course n’est pas si terrible que cela. Je vais durement déchanter sur la fin de celle-ci.

Nous passons les contrôles du Chalet des Ministres (km 70) et de la Chapelle des Bois (km 81). Jean-Paul souffre toujours du froid d’autant plus que ces contrôles sont en plein air. En début d’après-midi, nous sommes au lieu-dit « chez Liadet » (km 100) l’auberge est envahie par les coureurs. Notre assistance nous a réservé une place à côté du poêle à bois. Jean-Paul est au bord de l’abandon. Heureusement, lorsque nous repartons avec nos skis d’alternatif, le soleil est sorti. De plus, c’est une technique qu’il maîtrise mieux que moi. Cette fois, c’est moi qui suis à la traîne. Nous voilà partis pour une abominable section de hors-piste. Ce n’est plus du ski, mais de la marche avec des skis, et je ne vous parle pas des descentes dans la fraîche au milieu des arbres !

Ski hors piste

Ouf ! Une portion de piste damée qui nous mène au pied du Mont d’Or qui culmine à 1460m. On se hisse au sommet d’où la vue sur les montagnes suisses est splendide.

 

Une brève descente, et nous voilà devant le mur qui rejoint le télésiège du sommet des pistes de Métabief. J’ai l’impression de faire du ski-alpinisme ! On y est enfin ! Maintenant, il faut descendre à Métabief par la piste bleue de ski alpin avec des skis d’alternatif et des cuisses tellement cramées que j’ai le plus grand mal à faire du chasse-neige pour me freiner.

Ça y est, on retrouve Agnès et Denis (km 130) ; on embarque dans la voiture pour rejoindre Les Fours (km 142) où reprendra l’itinéraire à ski. Il y a une belle salle hors-sac. Nous retrouvons nos copains italiens et nous nous nous restaurons. C’est reparti, il est 19h , il fait nuit. Je ne suis pas très vaillant et le départ est laborieux pour moi. Plus loin, le ravitaillement fait son effet, et je retrouve un semblant d’allant.

Au contrôle du Tillau (km 153) il faut de nouveau déchausser, prendre les skis dans les mains et se farcir une descente abrupte et verglacée pour atteindre le dernier contrôle à Verrières de Joux. C’est un grand moment pour moi : Imaginez un gugusse en chaussures de ski dans un chemin verglacé et les cuisses en compote, à tel point qu’il lui est difficile de contrôler la descente. Je tombe 3 fois en jurant comme un charretier.

Enfin du goudron ! Nous traversons le village et remontons sur le versant opposé les 200m de dénivelé précédemment descendus, sur une route avec les mêmes pourcentages que « La Planche des Belles Filles » !

Enfin, nous rechaussons, au moment où des gars déchargent la moto-neige qui fermera la course. Montée puis descente dans un chemin au milieu des sapins où l’on freine constamment, car dans la nuit, impossible de se lâcher. Dans un champ, je prends de plus en plus de vitesse, et, incapable de freiner, je me jette par terre.

A environ 4 ou 5 km de l’arrivée, une équipe mixte nous double. Peu de temps après, nous entendons la moto-neige. Nous comprenons que nous sommes les derniers. Vu l’état dans lequel je me trouve, cela m’est complètement égal. Une seule pensée m’habite, en finir !

A 3 bornes de l’arrivée, nous retrouvons Denis qui nous annonce que la boucle de 10 km en alternatif autour de l’auberge est supprimée pour les dernières équipes. Nous terminons à pied, faute de neige suffisante.

0 Les finishers

 Voici le lien pour voir le magnifique reportage tourné par F3

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/gtj200-revoir-magazine-grande-traversee-1438363.html

Quelques données chiffrées :

22 km de prologue la veille

153 km de course en 14h30

4000m de dénivelé +

10,6 km/h de moyenne (hors arrêts)